Physiopathologie et classification des amyloses

Mécanismes moléculaires et classification biochimique · Réseau Amylose · Mis à jour 2026

Qu'est-ce que la physiopathologie des amyloses ?

L’amylose est la manifestation commune de maladies systémiques très différentes, dont le dénominateur commun est une anomalie du repliement protéique. Des protéines normalement solubles se déstabilisent, adoptent une conformation anormale en feuillets β et s’agrègent en fibrilles insolubles — les fibrilles amyloïdes.

Ces fibrilles se déposent dans les espaces extracellulaires et infiltrent progressivement les tissus, notamment le myocarde, altérant leur architecture et leur fonction. L’infiltration amyloïde cardiaque est responsable d’un épaississement du myocarde, d’une rigidité croissante et d’une cardiomyopathie restrictive infiltrante.

Mohty D et al. — Cardiac amyloidosis · PubMed 24070600
 
En savoir plus sur les amyloses : 

La prévalence et la physiopathologie des amyloses cardiaques

Thibaud DAMY

Points clés pour les professionnels de santé

Le mécanisme commun à toutes les amyloses est le dépôt extracellulaire de protéines mal conformées sous forme de fibrilles insolubles en feuillets β, résistantes aux protéases physiologiques.

La cardiotoxicité des fibrilles amyloïdes est double : mécanique (épaississement, rigidité, cardiomyopathie restrictive) et potentiellement directe (toxicité des oligomères soluble sur les cardiomyocytes).

La nature biochimique du précurseur détermine le type d’amylose, les organes cibles, la présentation clinique et le traitement. Le typage est indispensable avant toute décision thérapeutique.

Mécanismes de formation des fibrilles amyloïdes

1 — Déstabilisation protéique

La protéine précurseur (TTR, chaînes légères, SAA…) perd sa conformation native sous l’effet de mutations, d’une surproduction ou du vieillissement.

2 — Misfolding et agrégation

La protéine adopte une conformation en feuillet β anormale. Les monomères s’agrègent en oligomères, protofibrilles, puis fibrilles matures.

3 — Dépôt tissulaire

Les fibrilles s’accumulent dans les espaces extracellulaires. L’infiltration progressive altère l’architecture tissulaire et la fonction des organes atteints.

La transthyrétine — mécanisme spécifique

La transthyrétine (TTR) est une protéine synthétisée par le foie sous forme de monomère. Ces monomères s’assemblent en tétramères qui transportent des protéines (hormone thyroïdienne, vitamine D) dans le sang. La dissociation des tétramères en monomères instables est l’étape-clé de la fibrillogenèse TTR.

Dans l’amylose ATTR sauvage (ATTRwt), cette déstabilisation est liée au vieillissement moléculaire de la TTR non mutée. Dans l’amylose ATTR héréditaire (ATTRv), des mutations du gène TTR déstabilisent intrinsèquement le tétramère, accélérant la dissociation et le dépôt.

Les stabilisateurs de TTR (tafamidis, diflunisal) agissent en empêchant la dissociation des tétramères — leur mécanisme d’action est directement ancré dans cette physiopathologie.

 

Damy T et al. — Senile systemic amyloidosis · em-consulte

Classification biochimique des amyloses

La classification des amyloses repose sur la nature biochimique du précurseur protéique impliqué. Une vingtaine de protéines peuvent former des fibrilles amyloïdes. Les formes cardiaques les plus fréquentes sont les amyloses AL et les amyloses à transthyrétine (ATTR).

TypePrécurseurSourceOrganes ciblesMécanisme
ALChaînes légères Ig (κ/λ)Moelle osseuseCœur, rein, foie, SNPSurproduction clonale
ATTR sauvageTTR non mutéeFoieCœur (exclusif)Déstabilisation liée à l’âge
ATTR héréditaireTTR mutéeFoieSNP, cœurMutation → instabilité TTR
AAProtéine SAAFoie (inflam.)Rein, foieInflammation chronique
AutresFibrinogène, Apo A1…VariableVariableVariable
 

Les amyloses AL

Les amyloses AL sont liées principalement aux gammapathies monoclonales (MGUS) ou au myélome. Les gammapathies monoclonales sont très fréquentes et touchent environ 10% des patients de 60 ans. Ces gammapathies se compliquent heureusement rarement d’amylose mais représentent plus de 60% des cardiopathies amyloïdes.

Principales Mutations Amylose TTR

La transthyrétine (TTR) est une protéine synthétisée par le foie sous forme de monomère. Ces monomères s’assemblent en tétramères qui transportent des protéines (ex : hormone thyroïdienne, vitamine D) dans le sang. Les amyloses TTR sont de deux types :

1/ Amylose à transthyrétine dite « sénile » ou « sauvage » où le précurseur est la transthyrétine non-mutée (ATTRwt) survenant quasi-exclusivement chez des hommes âgés. (article Damy T et al, Senile systemic amyloidosis). Les mécanismes de cette amylose ne sont pas connus.

2/ Amylose à transthyrétine héréditaire, la forme familiale où la transthyrétine est mutée (ATTRm) (article Mohty D et al, cardiac amyloidosis).

Val122Ile

Plus fréquente, présente chez 3,9 % des patients d’origine africaine. Atteinte cardiaque prédominante ou exclusive. Souvent sous-diagnostiquée.

Val30Met

Fréquente chez les patients d’origine portugaise. Se révèle par une neuropathie vers 25–30 ans. Atteinte cardiaque variable.
 

Ser77Tyr

Atteinte principalement ou exclusivement cardiaque. Transmission autosomique dominante.

Autres (>120)

Plus de 120 mutations pathogènes identifiées. Pénétrance variable selon le fond génétique. Cas sporadiques révélés après 50–60 ans.
Jacobson DR et al. · PubMed 9017939

FAQ

Les fibrilles amyloïdes résultent d’un processus de misfolding protéique : la protéine précurseur adopte une conformation anormale en feuillets β et s’agrège progressivement. Ces fibrilles insolubles s’accumulent dans les espaces extracellulaires du myocarde, entraînant rigidité, épaississement et altération fonctionnelle cardiaque.
La TTR est une protéine hépatique transportée sous forme de tétramère. La dissociation de ces tétramères en monomères instables est l’étape-clé de la fibrillogenèse. Dans l’ATTRwt, cette déstabilisation est liée au vieillissement. Dans l’ATTRv, des mutations du gène TTR accélèrent intrinsèquement la dissociation. Les stabilisateurs de TTR (ex : tafamidis) agissent précisément en empêchant cette dissociation.
Les deux précurseurs les plus fréquents sont les chaînes légères d’immunoglobulines (amylose AL) et la transthyrétine (amylose ATTR, sauvage ou héréditaire). Des formes plus rares impliquent le fibrinogène, l’apolipoprotéine A1 ou d’autres protéines. Au total, une vingtaine de protéines peuvent former des fibrilles amyloïdes.
La TTR forme normalement des tétramères stables. Sous l’effet du vieillissement (ATTRwt) ou d’une mutation (ATTRv), ces tétramères se dissocient en monomères instables qui adoptent une conformation en feuillets β et s’agrègent en fibrilles. La stabilité du tétramère est donc la cible thérapeutique du tafamidis et du diflunisal.

Dans l’amylose AL, les fibrilles sont formées par des chaînes légères d’immunoglobulines produites en excès par un clone plasmocytaire — mécanisme oncohématologique. Dans l’amylose ATTR, le mécanisme est une déstabilisation du tétramère de transthyrétine hépatique, liée à l’âge ou à une mutation génétique. Ces mécanismes radicalement différents expliquent des traitements radicalement différents.

 
La physiopathologie des amyloses repose sur un mécanisme commun : le misfolding de protéines précurseurs qui adoptent une conformation en feuillets β, s’agrègent en fibrilles insolubles et s’accumulent dans les espaces extracellulaires des organes cibles. Dans l’amylose ATTR, le mécanisme spécifique est la déstabilisation des tétramères de transthyrétine — liée à l’âge (ATTRwt) ou à une mutation du gène TTR (ATTRv, >120 mutations identifiées). Les stabilisateurs de TTR (tafamidis) empêchent cette dissociation. Dans l’amylose AL, le mécanisme est une surproduction de chaînes légères d’immunoglobulines par un clone plasmocytaire. Le Réseau Amylose (CRAC, Hôpital Henri-Mondor, AP-HP) est la structure nationale de référence.